Forum de l'Économie et de la Finance Chinoises
  Les JO et l'économie chinoise
 


Les Jeux olympiques pèsent déjà sur l'économie chinoise

L'aciériste Shougang a dû déménager sa base de production d'une capacité de 8 millions de tonnes annuelles. Coût de l'opération : 5 milliards d'euros.

L'organisation de la compétition coûte cher, et la Chine a prévu un plan de relance pour la rentrée.

La Chine découvre peu à peu le revers économique de ses nombreuses médailles d'or. Plongés dans l'euphorie depuis la sélection de sa candidature en 2001, les Chinois montrent une inquiétude croissante quant à une possible «gueule de bois» postolympique. À tel point que le gouvernement a déjà prévu des mesures de relance pour l'automne. «La Chine n'aura pas de ralentissement postolympique significatif, car les fondamentaux de l'économie ne changeront pas après les Jeux», a promis Wang Yiming, directeur adjoint de l'institut macroéconomique de la National Development and Reform Commission (NDRC), pierre angulaire des réformes.

Pourtant, le plongeon estival de la Bourse de Shanghaï montre que les autorités doivent se montrer plus convaincantes. La manne financière espérée par l'afflux de touristes n'est visiblement pas au rendez-vous et a suscité les premières déceptions. Pékin a ainsi enregistré une baisse de sa fréquentation de 1,6 % sur la première moitié de l'année, son premier recul depuis 2005. Après la révolte tibétaine et les menaces terroristes, les complications faites aux demandeurs de visa par une administration chinoise inquiète de laisser des trouble-fête s'inviter à sa grand-messe nationale, ont découragé plus d'un visiteur.

Les hôtels n'affichent pas complet

Beaucoup d'hôtels n'affichent pas complet en août à Pékin et, au final, entre 400 000 et 450 000 touristes étrangers étaient attendus pour le mois, soit l'équivalent des chiffres de 2007 à la même époque. Partenaire olympique, la compagnie Air China a vu son titre plonger après avoir annoncé une baisse de trafic de 6,8 % en juillet, par rapport à juillet 2007 et la chaîne de restaurants pékinoise Quanjude a enregistré une chute de 10 % de son action le jour de la cérémonie d'ouverture.

Les affaires ne sont pas florissantes dans la capitale, qui a pourtant vu les choses en grand, en s'offrant les JO les plus chers de l'histoire olympique, avec un budget estimé à plus de 30 milliards d'euros, soit cinq fois celui des Jeux de Barcelone en 1992. Les infrastructures ont absorbé 60 % des dépenses, mais les lieux de rencontres sportives sont déjà annoncés comme vides, dès la fête sportive mondiale terminée.

En outre, près de 11 milliards d'euros ont été dépensés pour éviter que la pollution ne perturbe les sportifs et, selon la banque d'affaires Merrill Lynch, la fermeture d'usines dans les environs a directement influencé le ralentissement de 14,7 % de la production industrielle en juillet, à son plus bas niveau en seize mois. Au début de l'été, près de 200 usines avaient été déplacées ou fermées. L'aciériste Shougang a même dû déménager sa base de production d'une capacité de 8 millions de tonnes annuelles. Coût total de l'opération : 5 milliards d'euros (entre 2005 et 2010), à peine compensé par des exonérations d'impôts promises à ce géant du secteur.

Baisse annoncée du yuan par rapport au dollar

Un récent rapport de la China Construction Bank envisage un ralentissement de quatre points de la croissance chinoise et une baisse de 10 % des investissements dans les deux ans qui suivent les Jeux. La Banque mondiale prévoit, de son côté, une croissance de 9,8 % en 2008, contre 11,4 % l'an dernier.

Face à l'incertitude de la fin de 2008, le gouvernement a déjà mis en place des mesures de relance. Du jamais-vu depuis 2004 et la volonté affichée de freiner l'économie pour éviter la surchauffe. Cette fois, la banque centrale a annoncé une baisse du yuan par rapport au dollar, pour pouvoir relancer les exportations chinoises, victimes directes des ralentissements américain et européen.

Les premiers touchés sont les producteurs manufacturiers du sud de la Chine, à qui le gouvernement a promis des aides. Le secteur textile bénéficie quant à lui, depuis le début de l'été, d'exemptions d'impôts et certains prêts seront facilités pour les PME-PMI.

Les Jeux auront donc fait la fierté du pays, mais pas forcément sa fortune. Au départ, l'impact devrait être limité puisque, rapportée à la population totale du pays, Pékin est la plus petite ville à recevoir les Olympiades. La capitale chinoise représente à peine plus de 1 % de la population chinoise et 3,6 % du PIB, ce qui fait des Jeux une opération limitée à l'échelle du pays. «L'actuel ralentissement est le résultat de la montée des prix des matières premières et de l'énergie, qui réduisent la marge des producteurs et d'un fléchissement économique mondial qui affecte directement les exportations chinoises», souligne Andy Rothman de CLSA, la filiale de courtage de la banque Calyon. Les JO ne seront donc qu'un poids supplémentaire à porter pour l'économie chinoise.

 
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